Puis un soir, il entend Bob Dylan chanter “Blowin’ in the Wind” et ressent une honte: ce blanc a écrit l’hymne que lui, Noir, aurait dû écrire. Il compose ce titre en quelques semaines, après la mort de son fils de dix-huit mois.
Rien d’un slogan. Les cordes montent comme une marée lente, les cuivres s’ouvrent sur un timbre de funérailles. La voix, elle, ne force jamais. Elle tremble, se retient, murmure ce qu’elle pourrait hurler.
Cooke y raconte un refus au seuil d’un motel, une vie de portes fermées, sans jamais élever le ton.
Il ne l’a presque jamais chanté en public. Quelques semaines après sa sortie, il était mort, abattu dans un motel de Los Angeles.
Une prière murmurée, devenue la bande-son d’un pays qui allait enfin se lever.

