A Love Supreme : l'ascension céleste d'un géant du spirituel
Le 9 décembre 1964, aux studios Van Gelder à Englewood Cliffs, John Coltrane ne se contente pas d'enregistrer un album ; il scelle un pacte avec le divin.
Après des années de lutte contre ses démons, Trane accouche en une seule séance d’un psaume de trente-trois minutes qui va redéfinir la trajectoire du jazz moderne. Accompagné de son quartet classique, l’infatigable Elvin Jones, le sculptural Jimmy Garrison et le lyrique McCoy Tyner, le saxophoniste délaisse les structures rigides du bebop pour une exploration modale incandescente.
La production de Rudy Van Gelder capture ici une urgence organique. Le son est sec, immédiat, presque brutal dans sa sincérité. Tout repose sur une cellule de quatre notes, un mantra que le saxophone ténor décline jusqu’à l’obsession. Dans la deuxième partie, la polyrythmie d’Elvin Jones devient une tempête biblique, tandis que le piano de Tyner martèle des accords en quartes, ouvrant des brèches de lumière dans un chaos maîtrisé.
C’est une œuvre d’une rigueur mathématique mise au service d’une extase sauvage. À sa sortie en février 1965 chez Impulse!, le choc est total : le jazz devient une prière. Écouter ce disque, c’est voir un homme s’arracher à la pesanteur terrestre pour atteindre l’absolu. Un monument de ferveur. L’alpha et l’oméga de la quête spirituelle mise en musique.

