AC/DC : le courant continu
Il y avait quelque chose de brut chez AC/DC. Pas seulement le volume. Pas seulement les riffs.
Une manière d’entrer dans une chanson comme on pousse la porte d’un bar déjà plein de fumée et de chaleur.
Au milieu des années 70, pendant que beaucoup cherchaient à compliquer le rock, eux faisaient l’inverse. Une Gibson branchée trop fort. Une batterie sèche. Une basse qui avance sans détour. Et cette tension électrique entre les frères Young, épaules basses, uniforme d’écolier trempé de sueur sous les projecteurs.
Bon Scott donnait l’impression d’avoir vécu cent nuits de trop. Sa voix sonnait comme un rire après une bagarre.
Puis il y eut le choc. Le silence brutal de 1980. Beaucoup pensaient le groupe terminé.
Mais AC/DC est revenu comme reviennent certains moteurs : plus lourds, plus précis, plus dangereux. Brian Johnson n’a pas essayé d’imiter qui que ce soit. Il a apporté cette voix râpeuse, presque mécanique, qui découpait les guitares comme une lame dans le métal.
Et puis il y avait les concerts. Les amplis empilés jusqu’au plafond. Les lumières rouges. Les canons. Des milliers de bras levés au même moment.
Leur musique ne cherchait jamais à être élégante. Elle cherchait à tenir debout dans le temps.
Et c’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui encore, dès les premières secondes d’un vieux vinyle d’AC/DC, beaucoup revoient immédiatement une route de nuit, une chambre d’adolescent ou une radio allumée trop tard dans la cuisine.

