Au début des années 1970, Al Green déplace le centre de gravité de la soul. À Memphis, sa rencontre avec le producteur Willie Mitchell et les musiciens de Hi Records façonne un son immédiatement reconnaissable : batterie sèche, basse souple, guitare en retrait, cuivres précis, cordes qui semblent respirer.
Mais tout repose sur cette voix. Green peut murmurer, glisser dans le falsetto, puis laisser surgir le gospel au milieu d’une chanson d’amour. Le désir et le spirituel ne cessent de se frôler. Lorsqu’il devient pasteur et se tourne largement vers le gospel, cette tension prend une autre forme sans vraiment disparaître.
Son influence tient peut-être là : avoir montré que la soul pouvait brûler sans hausser le ton.
Chez Al Green, même le silence semble chanter.

