Albums : Closer, l’ultime éclipse de Joy Division
Sorti en juillet 1980, quelques semaines après le suicide d’Ian Curtis, "Closer" résonne comme un testament.
Là où Unknown Pleasures était déjà traversé par des pulsations d’angoisse industrielle, ce second album s’enfonce dans une noirceur élégiaque, presque liturgique. C’est moins un disque qu’une chambre funéraire : froide, vide, traversée d’échos spectrales.
Le contexte est brutal : Manchester post-industrielle, chômage endémique, désespoir générationnel. Joy Division capte cette atmosphère délétère et la transcende en une musique d’une intensité glacée. L’épure rythmique de Stephen Morris, les lignes de basse obsédantes de Peter Hook et les guitares spectrales de Bernard Sumner composent une architecture sonore implacable. Au centre, la voix grave et hantée de Curtis résonne comme un oracle déjà à bout de souffle.
Chaque morceau est une descente - “Atrocity Exhibition” comme un cri hallucinatoire, “Heart and Soul” comme une méditation abyssale, “Decades” comme un épilogue suspendu. On y entend le vide, la douleur, mais aussi une beauté fragile, qui confère au disque une dimension quasi sacrée.
L’impact culturel est immense : Closer ouvre une brèche vers toute la cold wave, inspire le rock gothique, nourrit l’électro sombre. Quarante ans après, il demeure un monument - non pas seulement de désespoir, mais de pure intensité artistique. C’est l’écho d’une époque brisée, et la preuve qu’au cœur des ténèbres, la musique peut devenir un rituel.