Albums : Hunky Dory, la métamorphose éclatante de David Bowie
Sorti en décembre 1971, "Hunky Dory" n’est pas seulement un album : c’est une déclaration d’intentions.
Après quelques tâtonnements stylistiques, Bowie trouve enfin sa voix et son masque, entre confession intime et théâtre de l’absurde. Ici, il ne joue pas encore Ziggy, mais il sème déjà les graines du personnage qui changera à jamais le rock.
L’époque est bouillonnante : l’Amérique s’enlise au Vietnam, Londres vit l’après-Beatles, et Bowie se nourrit de ce chaos culturel pour écrire un disque qui mêle pop chatoyante et angoisse existentielle. Changes proclame la mue permanente comme credo artistique. Life on Mars?, drame cinématographique en trois minutes, éclaire la banalité moderne d’une lumière surréaliste. On croise aussi Andy Warhol et Bob Dylan, figures tutélaires que Bowie s’approprie avec une ironie tendre.
Musicalement, Hunky Dory est une splendeur hybride : arrangements de cordes somptueux, piano au centre du dispositif (grâce à Rick Wakeman), mélodies pop presque classiques mais toujours tordues par une bizarrerie élégante. Chaque morceau est une miniature précise où l’émotion affleure, qu’il s’agisse d’une ballade douce-amère (Kooks) ou d’un conte étrange (The Bewlay Brothers).
Avec cet album, Bowie se hisse au rang d’artiste visionnaire : il ne se contente plus de suivre son époque, il la devance. Hunky Dory est la carte d’identité d’un caméléon prêt à réinventer la musique populaire.