Anarchy in the U.K. : le monde n'était pas prêt pour ce bruit-là
Novembre 1976. Un sifflement de larsen, un rire sardonique qui ressemble à un ricanement de hyène, et ce premier coup de boutoir.
C’est Chris Thomas qui est aux manettes, un type qui a bossé avec les Beatles et Pink Floyd. Autant dire qu’il sait comment faire sonner une guitare.
Mais là, il ne cherche pas la rondeur. Il empile les pistes de Steve Jones jusqu’à obtenir un mur de béton armé, un son saturé, lourd, presque compact, qui n’a rien à voir avec le garage rock un peu grêle de l’époque. C’est une machine de guerre.
Quand le morceau débarque sur les ondes de la BBC, il ne glisse pas sur le flot de la pop tranquille. Il brise la vitre. Johnny Rotten ne chante pas, il crache chaque syllabe avec une diction de théâtre de rue, haineuse et théâtrale. Pour les gamins coincés dans les banlieues grises de Londres ou de Manchester, ce n’est pas juste un single qu’on achète chez le disquaire. C’est un signal de ralliement.
Ce morceau, on l’a gravé sur des cassettes bon marché qui saturaient dès qu’on montait le volume. On l’a écouté les yeux grands ouverts dans des chambres d’adolescents, l’oreille collée au haut-parleur pour ne pas réveiller les parents. Il y a un avant et un après ces trois minutes et trente-deux secondes.
Le vinyle tourne, le diamant saute un peu sur la fin, fatigué d’avoir trop servi. Cinquante ans plus tard, la menace est intacte.

