Automatic for the People : le crépuscule magnifique d’une Amérique en deuil
Lorsque "Automatic for the People" atterrit chez les disquaires en 1992, R.E.M. ne se contente pas de livrer un disque : ils capturent l'odeur de la terre mouillée après l'orage.
C’est l’album du renoncement sublime, un virage acoustique là où le monde attendait la distorsion grunge. Stipe, la voix hantée, délaisse ses énigmes cryptiques pour une vulnérabilité nue, presque impudique.
Le son est une prouesse d’orfèvrerie mélancolique. Scott Litt et le groupe ont sculpté un espace sonore où les arrangements de cordes de John Paul Jones s’entrelacent à des guitares sèches, boisées, qui semblent vibrer directement dans la poitrine.
En studio, l’ambiance était à la recherche de la pureté absolue, loin des artifices radio. On y entend le piano de Mike Mills porter des complaintes funèbres et la batterie de Bill Berry se faire métronomique, discrète, comme un cœur fatigué qui refuse de s’arrêter.
C’est un disque qui sent la mort, mais qui célèbre la survie. À l’écoute, j’ai toujours l’impression de traverser une ville déserte à l’aube, entre les fantômes d’Andy Kaufman et les regrets d’une jeunesse envolée. C’est le sommet d’un groupe qui, au lieu de hurler sa gloire, a choisi de murmurer ses peurs. Un monument de douceur hantée. Indépassable.

