Automatic for the People : le murmure d'octobre
On venait de quitter la fureur électrique de l’année 1991, les guitares saturées qui hurlaient dans les transistors, et soudain quatre types d'Athens, Georgia, décident de couper le courant.
Automatic for the People s’ouvre sur un renoncement, une lente glissade acoustique qui force à baisser le regard, à écouter autrement.
Tenir ce boîtier de CD en plastique transparent ou poser le vinyle noir sur le plateau, c’était accepter de ralentir. Les arrangements de cordes de John Paul Jones entrent sous la peau, lourds, denses, mais jamais chargés. Ce disque possède la texture du bois verni, la patine des vieux meubles et la fraîcheur des fins de journées où la nuit tombe trop tôt.
La basse de Mike Mills ne cherche pas l’esbroufe, elle ancre chaque morceau dans une mélancolie terreuse, tandis que la voix de Michael Stipe n’a jamais été aussi proche, presque inconfortable de nudité. On devine le grain du micro, le souffle entre les mots, les doutes d’une génération qui commence à vieillir.
Enfermé dans sa chambre, le casque vissé sur les oreilles jusqu’à s’en marquer les tempes, on laissait la face B s’étirer dans l’obscurité. C’est un album qui apprivoise les fantômes, qui parle de la perte et du temps qui passe sans jamais sombrer dans le désespoir, une main tendue au milieu du brouillard.
L’aiguille se lève, le silence revient, et la pièce semble un peu plus grande qu’avant.

