Automatic for the People : l'élégance du crépuscule
En 1992, on attendait une décharge électrique dans la lignée de la décennie précédente, mais R.E.M. nous a cueillis à froid avec une méditation acoustique sur le temps qui file.
C’est l’album du dimanche soir, celui qu’on écoutait dans le noir, allongé sur la moquette, en fixant les reflets de la lune sur le boîtier du CD. Trente-quatre ans plus tard, la mélancolie de Michael Stipe n’a pas pris une ride. Elle s’est installée dans nos vies comme un vieux meuble dont on ne peut plus se séparer.
Une respiration suspendue.
Le disque s’ouvre sur une plainte sourde qui gratte la gorge. On sent la texture des cordes de nylon, le craquement du tabouret de piano dans le studio, cette intimité presque gênante qui donne l’impression que le groupe joue dans le salon. John Paul Jones sculpte des arrangements de cordes qui ne pleurent jamais, mais qui soutiennent chaque mot comme une charpente invisible. C’est un album de contrastes, entre la chaleur d’un feu de cheminée et la morsure d’un vent d’automne.
On se souvient tous du moment où l’on a compris que cet album ne parlait pas aux adolescents, mais aux hommes que nous devenions. Il capture ce point de bascule où les souvenirs commencent à peser plus lourd que les projets. Ce disque-là, on l’a prêté à un ami qui ne nous l’a jamais rendu, ou on l’a racheté en vinyle pour retrouver ce grain si particulier qui s’évapore dans le numérique.
On a tous une image qui surgit au milieu du disque, un visage ou un paysage entrevu depuis la vitre d’un train.

