Be My Baby : le mur du son et le frisson de l’éternité
C’est un battement de cœur qui a changé la face du rock. Boom-boom-boom-POW. Eté 1963, aux Gold Star Studios de Los Angeles, Hal Blaine frappe sa caisse claire et l’histoire bascule.
Be My Baby n’est pas qu’une chanson ; c’est une cathédrale de verre et de désir construite par les Ronettes sous la direction du démiurge Phil Spector.
Musicalement, c’est l’apogée du Wall of Sound. Spector empile les couches : trois pianos, des guitares acoustiques doublées, et une section de cuivres noyée dans une chambre d’écho de cinq pieds. L’innovation réside dans cette densité symphonique qui compresse l’émotion jusqu’au point de rupture. Ronnie Spector (alors Bennett) livre une performance vocale habitée, balançant entre l’innocence adolescente et une sensualité brute, ponctuée de ses célèbres “oh-oh-oh-oh”.
L’anecdote de studio confine à l’obsession : Spector, perfectionniste tyrannique, aurait exigé 42 prises rien que pour le chant principal. On raconte que Brian Wilson, alors en voiture, a dû se garer sur le bas-côté lors de la première écoute, foudroyé par la perfection de la production. Il passera ensuite des décennies à essayer de décoder cette alchimie.
Pour moi, ce morceau est la preuve que la pop peut être de l’art total. C’est le son d’un été qui ne finit jamais, une collision parfaite entre la discipline orchestrale et la fureur juvénile. Si l’on devait envoyer un seul disque dans l’espace pour expliquer ce qu’est le sentiment amoureux en trois minutes, ce serait celui-ci.

