Beck : le caméléon aux semelles de vent
Il a surgi des décombres du folk et du hip-hop avec la nonchalance d’un gamin qui aurait trouvé les clés du futur dans une benne à ordures de Los Angeles.
Beck Hansen n’est pas un musicien, c’est un précipité chimique. Lorsqu’il débarque, il pulvérise les frontières du cool. Le choc. Il mélange le blues poisseux du Delta, les beats poussiéreux d’une boîte à rythmes bon marché et une prose surréaliste qui semble dictée par un poste de radio détraqué.
Sa voix, traînante et désabusée, est un instrument de précision qui navigue entre le rap lo-fi et les envolées célestes d’un crooner de fin du monde.
En studio, c’est un alchimiste. Il triture les textures, superpose des strates de funk psychédélique et des guitares acoustiques désaccordées pour créer un son qui respire la sueur des clubs underground et la solitude des grands espaces californiens. On l’imagine, penché sur ses machines, cherchant l’accident parfait, celui qui fera basculer la mélodie dans l’inoubliable.
Écouter Beck, c’est accepter de se perdre dans un kaléidoscope sonore où la mélancolie la plus pure côtoie une ironie mordante. Il est le pont indispensable entre la tradition des troubadours et l’ère du sample roi. Sa musique est une fête foraine installée sur un terrain vague : c’est bruyant, étrange, et absolument vital.

