Best of France : BBH 75 - Jacques Higelin
En 1974, Jacques Higelin enregistre "BBH 75", un disque qui reste aujourd’hui l’un des grands manifestes du rock français.
Dans un pays où l’ombre des idoles yéyé se dissipe et où l’on peine à croire qu’un rock “à la française” puisse exister avec crédibilité, Higelin arrive comme un météore. Ici, pas de compromis : guitares saturées, batterie martiale, basses épaisses, et par-dessus, cette voix fébrile, incandescente, qui transforme chaque mot en cri de liberté.
Ce n’est pas seulement un album : c’est une déclaration de guerre à la tiédeur culturelle. Higelin, nourri autant de free jazz que de blues déstructuré, embrasse la fureur électrique pour tailler dans le vif. Ses morceaux, longs, incandescents, refusent la facilité du format radiophonique. Il s’y engouffre tout entier, habité, presque possédé, et l’auditeur ne peut qu’être aspiré dans ce tumulte.
Dans le sillage des révolutions musicales anglo-saxonnes, BBH 75 parvient à se défaire du complexe d’infériorité français : pour la première fois, un rock hexagonal ne sonne ni comme une copie ni comme une concession, mais comme une œuvre brute, viscérale, ancrée dans sa propre langue et son propre souffle.
Ce disque marque un tournant : la possibilité d’un rock français authentique, furieux, incandescent. Un cri qui, cinquante ans plus tard, brûle encore.