★ [Blackstar] : le chant du cygne d’une étoile noire
Publié le 8 janvier 2016, le jour de son 69ème anniversaire et quarante-huit heures avant sa disparition, Blackstar (stylisé ★) n'est pas un disque : c’est une mise en scène de la finitude.
Enregistré dans le secret le plus total aux studios The Magic Shop à New York entre janvier et mai 2015, l’album voit Bowie délaisser ses vieux complices pour s’immerger dans le jazz expérimental de la scène locale.
Sous la houlette du producteur historique Tony Visconti, Bowie recrute le quartet du saxophoniste Donny McCaslin. Le résultat est une déflagration sonore. La batterie de Mark Guiliana impose des syncopes nerveuses, presque drum and bass, tandis que les nappes de synthétiseurs de Jason Lindner créent une atmosphère sépulcrale. Ce n’est plus du rock, c’est un art-jazz mutant.
La structure de la pièce-titre, longue de dix minutes, opère une bascule brutale en son milieu, passant d’une incantation ésotérique à une soul céleste et fragile. C’est le son d’un homme qui observe son propre départ depuis une station orbitale oubliée.
La production est d’une précision clinique, capturant chaque souffle, chaque fêlure d’une voix qui n’a jamais été aussi habitée. On sent les tensions créatrices, ce refus obstiné de la nostalgie. Pour moi, cet opus est le plus grand tour de force de l’histoire de la musique populaire : transformer son propre trépas en un acte artistique total. Un chef-d’œuvre absolu. Le dernier mystère.

