Blood on the Tracks : l’exorcisme acoustique d’un géant
Janvier 1975. Le vent de l'histoire tourne et Bob Dylan, après une décennie d'errances et d'expérimentations électriques, livre son autopsie la plus intime.
Blood on the Tracks n’est pas un simple disque ; c’est un champ de mines émotionnel. Enregistré initialement à New York en septembre 1974 avec Phil Ramone, Dylan décide, sous l’impulsion de son frère David Zimmerman, de réenregistrer la moitié des titres à Minneapolis en décembre. Ce montage final crée une tension schizophrène entre la clarté mélancolique et une rage rugueuse.
La production, signée Dylan lui-même, privilégie un dépouillement radical. On entend le frottement des cordes, le souffle court, le craquement d’un cœur qui se remonte. C’est le triomphe de l’accordage en “Open D”, une technique qui confère aux morceaux une résonance spectrale, presque liquide. Kevin Odegard et Chris Weber apportent cette assise folk-rock organique qui sublime les textes.
Dylan y déconstruit la linéarité du temps, mélangeant ses propres déchirements conjugaux avec Sara Lownds à des fulgurances littéraires dignes de Rimbaud. Chaque vers est une estafilade. L’ingénieur du son Glenn Berger se souvient d’une session new-yorkaise où le silence entre les prises était plus lourd que la musique. C’est le son de l’effondrement. Un chef-d’œuvre de douleur pure. Le disque où l’on cesse d’écouter une idole pour enfin entendre un homme.

