Avec Blue, son quatrième album, elle pousse la chanson d’auteur vers une intimité rarement exposée avec une telle netteté. Après le succès de “Ladies of the Canyon”, Mitchell voyage, aime, rompt, doute. Puis transforme cette matière personnelle en quelque chose d’universel.
L’accompagnement reste volontairement nu. Piano, guitare, dulcimer des Appalaches : quelques cordes pincées suffisent parfois à installer tout un paysage
James Taylor, Stephen Stills, Sneaky Pete Kleinow et Russ Kunkel apparaissent avec parcimonie. Rien ne vient masquer la voix, ses inflexions soudaines, ses fragilités laissées apparentes.
Blue ne demande pourtant pas qu’on connaisse la vie de Joni Mitchell. C’est précisément sa force. Chacun peut y reconnaître l’élan amoureux, la liberté désirée, la solitude qui suit parfois.
Plus d’un demi-siècle après, le disque conserve cette proximité troublante.
Comme si personne n’avait refermé la porte.

