Blue Monday : l’électrochoc qui a changé la face du monde
7 mars 1983. Ce n'est pas une sortie de disque, c'est une détonation froide. En quittant les cendres de Joy Division, New Order accouche d'un monolithe de 7 minutes et 29 secondes : "Blue Monday".
Produit par le groupe lui-même au studio Britannia Row, le morceau s’impose comme le 45 tours le plus vendu de l’histoire, alors même que sa pochette (un “floppy disk” dessiné par Peter Saville) coûtait plus cher à fabriquer que le prix de vente.
Techniquement, c’est une prouesse d’ingénierie brute. Bernard Sumner construit son propre séquenceur, tandis que Stephen Morris programme une boîte à rythmes Oberheim DMX dont le kick martèle encore nos nuits. La basse de Peter Hook, traitée avec un delay complexe, survole une nappe de synthétiseur Moog Source. C’est une fusion inédite entre le post-punk mancunien et l’Italo-disco de Giorgio Moroder, une machine qui refuse de choisir entre la mélancolie et la sueur.
La légende raconte que l’introduction iconique, ce beat de batterie saccadé, est née d’une erreur de programmation du séquenceur. Le groupe a décidé de garder cet accident, créant ainsi l’un des “fades in” les plus reconnaissables de la pop culture.
Blue Monday est une cathédrale de verre noir. C’est la bande-son d’un monde qui bascule dans l’ère numérique sans perdre son âme. À chaque écoute, j’ai l’impression de voir une usine de Manchester se transformer en club berlinois à ciel ouvert. C’est froid, c’est implacable, c’est éternel.

