Born to Run : l’évasion
Un adolescent du New Jersey a mis toute son adolescence dans huit chansons, et l'Amérique entière s'y est reconnue.
En 1975, Bruce Springsteen joue son va-tout : le label menace, la presse doute, lui s’enferme des mois durant à polir chaque mesure comme une obsession.
Le résultat explose au format symphonique du rock, saxophone qui déchire, guitares qui s’empilent en vagues, une production dense, presque suffocante, où Phil Spector rencontre la rue.
“Thunder Road” ouvre sur un harmonica solitaire avant de se déployer en promesse d’échappée. “Jungleland” referme l’album sur dix minutes d’apothéose, violon et sax en dialogue tragique.
Entre les deux, des voitures lancées à pleine vitesse, des amours désespérées, des villes qui étouffent leurs enfants. Ce n’est pas un disque de rock ordinaire, c’est une fuite en avant transformée en cathédrale sonore, l’énergie brute d’un type qui refuse le destin tracé pour lui.
Certains disques racontent la jeunesse. Celui-ci la revit, à chaque écoute, comme si c’était la première fois.

