Printemps 1965. Dylan, 23 ans, le prophète des cortèges et des harmonicas, entre en studio avec un groupe électrique. Face A : un rock saturé, une poésie lancée à pleine vitesse, des images qui se télescopent sans laisser le temps de respirer. Face B : retour à la guitare sèche, seul, avec quatre longues complaintes qui coulent comme un fleuve noir.
Ce disque ne tranche pas entre deux mondes. Il les fait tenir ensemble, et c’est là qu’il fracture tout.
Après lui, un texte peut être un fil d’idées en roue libre, un rock peut avoir quelque chose à dire, et personne ne peut plus exiger d’un artiste qu’il reste là où on l’a rangé.
Dans les chambres d’étudiants, on posait l’aiguille et on se sentait soudain autorisé à penser vite, à penser contre soi. Les puristes parlaient de trahison. Les autres écoutaient la liberté.
Un homme change de peau, et tout le monde découvre qu’on avait le droit.

