Bringing It All Back Home : le virage électrique
Avec "Bringing It All Back Home", Bob Dylan ne quitte pas vraiment le folk. Il le secoue, il le branche, il le pousse dehors dans la rue.
En 1965, ceux qui posent le disque sur la platine découvrent autre chose qu’un chanteur avec sa guitare. La face A avance avec batterie, basse, orgue, guitares nerveuses. Ça claque comme une conversation trop rapide dans un café enfumé. Les mots débordent, les images arrivent sans prévenir, et pourtant tout reste étrangement précis.
Puis la face B baisse la lumière. Dylan revient presque seul, mais rien n’est plus comme avant. La voix semble plus proche, plus sèche, plus sûre de son pouvoir. On écoute en regardant la pochette, ce salon rempli d’objets, de signes, de disques, de livres, comme si tout le siècle venait de tomber sur un tapis.
Ce disque a cette force rare : il garde le bruit du changement sans perdre l’intimité d’une chambre. On sent l’aiguille, le bois des enceintes, le silence entre deux morceaux.
Après lui, la chanson populaire n’a plus tout à fait la même taille.
Elle tient dans les mains, mais elle regarde beaucoup plus loin.

