Bruce Springsteen : l'Amérique à vif
Personne n'a jamais autant menti sur ce qu'il chantait, et personne n'a jamais dit autant de vérités en le faisant.
Bruce Springsteen sort du New Jersey comme on sort d’une usine, épaules voûtées, guitare en bandoulière, une voix qui gratte le bitume plus qu’elle ne le chante. Dans les années 70, pendant que le rock se parfume et se dilue, lui écrit des types qui n’ont rien, des ouvriers, des fuyards, des gamins qui rêvent d’autoroute parce que la ville les étouffe.
Le E Street Band derrière lui n’accompagne pas, il pousse : saxophone qui hurle, orgue qui roule, une énergie brute qui transforme chaque salle en messe populaire. Springsteen ne joue pas des personnages, il les habite, épuisé et debout à la fois. Sur scène, trois heures ne suffisent jamais, il donne tout, encore, comme si s’arrêter revenait à trahir ceux qui l’écoutent.
Il chante l’Amérique cassée, et l’Amérique cassée s’y reconnaît encore.

