Carlos Santana : le feu sous les cordes
Certains guitaristes cherchent la note juste. Carlos, lui, cherche la blessure ou l’extase.
C’est une silhouette indissociable d’une Gibson SG rouge à Woodstock, puis d’une PRS au vernis rutilant, mais c’est d’abord un son. Un sustain infini qui s’étire comme un cri dans la nuit, un phrasé unique où le blues afro-américain fusionne avec la sueur des rythmes afro-cubains.
Tout a commencé dans la moiteur de San Francisco à la fin des années soixante. Dans les clubs, l’air était épais, saturé d’encens et de révolte. Au milieu du chaos psychédélique, son groupe amène autre chose : une transe lourde, propulsée par des congas et des timbales qui bousculent les codes du rock blanc. Quand sa guitare entre en scène, elle ne se contente pas d’accompagner. Elle déchire le rideau.
Ceux qui ont posé l’album au logo de lion sur la platine s’en souviennent encore. Ce n’était pas de la musique de salon. C’était une invitation à transpirer, un courant d’air chaud venu d’ailleurs qui entrait par les fenêtres ouvertes des cuisines et des appartements étudiants.
Sur scène, le rituel n’a jamais changé. Carlos ferme les yeux, le visage tendu vers le ciel, les doigts ancrés dans le bois. Il n’y a aucune démonstration technique gratuite, juste une urgence absolue à faire chanter le bois et le métal. Une vibration brute qui s’installe directement dans le plexus de ceux qui écoutent, aujourd’hui comme il y a quarante ans.

