Le studio retient son souffle avant que la note grave n’émerge, comme un moteur qui tourne au ralenti sous le capot d’une limousine. Ce timbre-là ne s’élève pas, il descend, il s’installe au creux de la poitrine et fait vibrer les vitres d’une voiture arrêtée à un feu rouge, quelque part en 1974.
Autour, les hanches suivent sans qu’on le décide vraiment.
L’homme derrière ce grain unique mesure presque deux mètres, porte des costumes larges comme des capes, et dirige quarante musiciens d’un geste de la main, sans partition. Sa voix, on la reconnaît avant même la première syllabe complète, un souffle chaud posé sur un micro en métal froid, un léger grésillement d’ampli qui trahit la sueur d’un concert donné trop de fois. Dans les foyers, elle se love dans les canapés en velours, elle épouse la lumière tamisée d’un dimanche soir.
Ce jour de juillet, ce grain s’efface. Les enceintes, elles, gardent la chaleur intacte. Il suffit d’un sillon qui crépite doucement sous l’aiguille pour que la basse revienne se poser, exactement là, au creux de la poitrine.

