En 1968, Jimi Hendrix s’enferme des mois durant dans les studios Record Plant à New York, entouré de câbles, de bandes qui s’accumulent, d’une équipe épuisée par ses nuits sans fin. Le résultat déborde : un double album tentaculaire, poisseux de son, où le rock se dissout dans le jazz, le blues et une électronique naissante.
“1983... (A Merman I Should Turn to Be)” s’étire sur treize minutes comme une noyade volontaire, tandis que “Burning of the Midnight Lamp” irradie d’un clavecin électrique halluciné. Chaque piste semble creusée à mains nues dans la matière du son, jamais posée dessus.
Ce n’est pas un album de guitare héros. C’est un architecte qui redessine les fondations du studio lui-même, transformant la console en instrument à part entière.
Aucune discothèque digne de ce nom ne peut l’ignorer sans mentir sur ce qu’elle prétend comprendre du rock.
Ce disque ne se joue pas. Il vous submerge, et vous ne remontez plus tout à fait le même.

