Collector : Elephant
Au début des années 2000, le rock semblait s'être dilué dans les ordinateurs et les productions trop propres.
Et puis, deux silhouettes en rouge et blanc ont débarqué avec un magnétophone huit pistes des années soixante et une rage médiévale. L’enregistrement d’Elephant s’est fait en deux semaines à Londres, sans aucun ordinateur, avec du matériel d’une autre époque.
Quand on pose l’aiguille sur le vinyle, on prend ce choix technique en pleine poitrine. C’est un son lourd, sec, presque claustrophobe, où la batterie de Meg cogne comme un cœur affolé pendant que la guitare de Jack hurle à travers des amplificateurs poussés à leurs extrêmes limites.
On se rappelle la première fois qu’on a ouvert cette pochette double. On s’est assis par terre, le carton entre les mains, à scruter ces visages sombres entourés de rouge. Ce disque n’avait pas besoin de basse. Jack branchait sa vieille guitare en plastique Airline dans un pédalier pour faire gronder des fréquences si basses qu’elles faisaient vibrer les vitres de la pièce.
En écoutant la face B tard la nuit, on sentait l’odeur des lampes chauffées à blanc et de la poussière sur les micros. C’était le retour du danger, de l’immédiat, de la musique jouée avec les tripes par deux personnes face à face dans une pièce close.
Le bras de la platine se relève, laissant un silence lourd dans la pièce, et l’on réalise que certaines blessures magnétiques ne s’effacent jamais.

