En 1994, Jeff Buckley publie Grace, son unique album studio achevé. À rebours du rock alternatif dominant, il refuse les frontières : folk, rock, jazz, musique sacrée s’y frôlent sans jamais devenir démonstratifs. Andy Wallace laisse de l’espace autour des guitares, de la basse de Mick Grondahl et de la batterie de Matt Johnson.
Au centre, cette voix peut murmurer, se fissurer puis monter jusqu’à sembler perdre tout appui.
“Mojo Pin”, “Lover, You Should’ve Come Over” ou “Dream Brother” donnent au disque sa profondeur nocturne. Buckley transforme le désir, l’absence et la peur en matière sonore.
Plus de trente ans après, Grace garde quelque chose d’insaisissable : on connaît chaque détour, mais le vertige revient.
Certains disques vieillissent avec nous. Celui-ci semble toujours nous attendre.

