Collector : Harvest
Certains disques portent en eux l’odeur de la saison qui les a vus naître. Quand on sort "Harvest" de sa pochette cartonnée, rugueuse, c’est tout un pan de l'année 1972 qui s'invite dans la pièce.
L’odeur du foin coupé, la fraîcheur des nuits d’automne dans le Nord, et cette voix unique, fragile, qui semble vaciller sans jamais rompre. Neil Young a enregistré une grande partie de ces morceaux dans une grange du domaine de Broken Arrow, au milieu des instruments qui traînaient et des bruits de la campagne.
Ce son-là ne triche pas. On y entend la résonance naturelle des planches de bois, le craquement d’une pédale de grosse caisse, la rondeur boisée de la guitare acoustique Martin D-28. Les Stray Gators, son groupe d’occasion, jouent avec une retenue absolue, laissant chaque note respirer, chaque silence s’installer.
Ce n’est pas un album que l’on survole au milieu du bruit. C’est le disque des fins de soirée, quand la maison s’est tue et que la lumière de l’ampli de la chaîne hi-fi projette des ombres sur le mur. On s’assoit, la pochette ouverte sur les genoux, à scruter les paroles imprimées avec cette typographie manuscrite si particulière. On suit la basse lourde et hypnotique, le gémissement discret d’une pedal steel qui dessine des paysages immenses.
Quand la face B se termine, le silence qui s’installe dans la chambre semble soudain plus dense, plus lourd de souvenirs.

