Collector : Horses
Le rock a cessé d'être un divertissement le jour où ce regard noir a transpercé le blanc cassé de la pochette de Mapplethorpe.
Aux Electric Lady Studios, sous la houlette d’un John Cale cherchant à capturer l’électricité brute plutôt que la mélodie polie, Patti Smith n’enregistre pas un disque : elle commet un acte de naissance. Horses est le point de bascule où le Velvet Underground rencontre Rimbaud dans une ruelle sale du Lower East Side.
Tenir ce vinyle en 1975, c’était sentir le poids d’une révolution de genre et d’esprit, une silhouette androgyne défiant les codes du rock progressif qui sature alors les ondes. Le piano de Richard Sohl sculpte des silences monastiques avant que la Fender Stratocaster de Lenny Kaye ne vienne lacérer l’espace. Le son est sec, presque aride, refusant les artifices de la production de l’époque pour privilégier l’urgence du texte.
Dans l’épique “Birdland”, la voix de Patti irradie, s’étire et se brise, portée par une improvisation qui semble convoquer les fantômes de Coltrane. On n’écoute pas ce disque, on subit son magnétisme organique, cette montée en puissance qui transforme chaque morceau en une transe chamanique. Pour toute une génération, ce fût l’instant précis où la poésie a cessé de dormir dans les livres pour hurler dans les amplis.
C’est le cri d’une cavalerie qui refuse de s’arrêter, un galop éternel sur l’asphalte de New York.

