Collector : Hotel California
8 décembre 1976. Le rêve hippie ne s’est pas simplement éteint ; il a été froidement assassiné dans les couloirs moites du Criteria Studio de Miami.
Avec cet opus, les Eagles ne livrent pas seulement un disque de country-rock, ils signent le certificat de décès du flower power. Sous la direction obsessionnelle de Bill Szymczyk, le groupe délaisse les guitares acoustiques terreuses pour une architecture sonore clinique, d’une précision presque effrayante.
Don Henley et Glenn Frey, architectes d’un empire en décomposition, y dépeignent une Californie transformée en prison dorée.
L’innovation réside dans ce duel final entre la Telecaster nerveuse de Joe Walsh et la Gibson double manche de Don Felder : une chorégraphie électrique qui symbolise l’épuisement d’une génération. La production est dense, étouffante de perfection, où chaque coup de caisse claire résonne comme un verdict.
On sent les tensions, l’usage massif de substances pour tenir le rythme et cette ambition dévorante qui finira par consumer le groupe. C’est un album hanté par le vide, une fresque monumentale sur l’excès et la désillusion. Pour moi, c’est le son d’un paradis qui se referme à double tour, nous laissant seuls avec nos fantômes sur une autoroute obscure.
Un chef-d’œuvre de noirceur scintillante. Le crépuscule d’un mythe.

