Collector : In Rainbows
On aurait dit un disque apparu sans prévenir dans la nuit.Quand “In Rainbows” arrive en 2007, quelque chose change immédiatement.
Pas seulement dans la manière de sortir un album. Dans la manière de l’écouter. Après les labyrinthes froids de “Kid A” et les secousses nerveuses de “Hail to the Thief”, Radiohead revient avec un disque presque physique malgré son époque numérique. Un album chaud. Humain. Respirant.
Dès les premières secondes, cette basse ronde, cette batterie souple, ces guitares qui semblent flotter dans une pièce à moitié éclairée donnent l’impression d’ouvrir une fenêtre après des années passées dans une chambre fermée.
In Rainbows, c’est aussi un disque qu’on a beaucoup écouté seul. Casque sur les oreilles. Écran allumé dans le noir. Puis, très vite, on ressent le besoin de le posséder réellement. La pochette. Le livret. Le vinyle épais posé délicatement sur la platine. Parce que cette musique réclame de l’espace et du silence autour d’elle.
Nigel Godrich produit tout ça avec une précision presque invisible. Rien ne déborde. Chaque respiration de Thom Yorke semble suspendue juste au-dessus des instruments. Les morceaux avancent doucement, sans chercher l’explosion. Et c’est précisément ce qui les rend inoubliables.
On repose souvent l’aiguille au début de la première face sans même réfléchir.
Comme si ce disque connaissait déjà le chemin pour revenir dans une vie.

