Collector : Led Zeppelin IV
On commence toujours par regarder la pochette une seconde de plus. Pas de nom. Pas de titre. Juste ce vieil homme courbé sous son fagot, accroché à un mur décrépit.
Quand on tient Led Zeppelin IV, on reconnaît pourtant immédiatement l’objet. Peut-être parce qu’il n’a jamais eu besoin de se présenter.
Le vinyle, lui, impose ses gestes. Sortir le disque lentement. Éviter de poser les doigts sur les sillons. Observer les symboles imprimés sur l’étiquette. Retourner la pochette intérieure. Chercher les détails que l’on connaît déjà.
Et puis il y a cette étrange satisfaction à comparer les exemplaires.
Un pressage ancien face à une réédition. Deux nuances de carton. Une teinte légèrement différente. Un bord plus usé. Parfois un nom écrit discrètement au dos, souvenir d’un propriétaire précédent. Parfois une petite marque laissée par des années de rangement trop serré.
On pose la face A.
“Black Dog” surgit, puis “Rock and Roll”. Mais l’objet garde encore quelque chose en réserve. On le retourne. Le geste est devenu automatique depuis des décennies.
Alors vient “Stairway to Heaven”.
Sur certains exemplaires, les craquements font désormais partie de l’écoute. On sait exactement où ils apparaissent. On pourrait presque les attendre.
C’est peut-être cela, posséder un vieux disque : ne plus seulement connaître la musique, mais connaître son propre exemplaire.
Et parfois, sous la lumière, ses défauts ressemblent simplement à nos souvenirs.

