Collector : London Calling
Joe Strummer a décidé de nous offrir un banquet de fin du monde.
Oubliez la rage étriquée du punk de 1977. Ici, aux studios Wessex, sous la houlette d’un Guy Stevens déchaîné qui balançait des chaises pour obtenir la prise parfaite, The Clash a brisé les vitrines de l’histoire. C’est un disque qui sent le cuir mouillé, l’asphalte de Camden et l’opium des ports.
On y entend Mick Jones sculpter des textures de guitare qui ne cherchent plus seulement à lacérer, mais à enlacer le reggae, le rockabilly et le jazz. La basse de Paul Simonon, celle-là même qu’il fracasse sur la photo de Pennie Smith, porte le disque avec une lourdeur dub, une fondation de béton armé sur laquelle s’élèvent des cuivres insolents et un piano bastringue.
London Calling n’est pas une simple collection de chansons, c’est un manifeste géographique. On voyage de l’ombre des “Guns of Brixton” à la mélancolie moite de “The Card Cheat”, où la production cherche à retrouver le mur de son de Phil Spector.
Pour nous, qui avons déballé ce double vinyle au prix d’un simple, c’était le choc de la générosité pure. On tenait entre nos mains la preuve que le rock pouvait tout absorber sans se trahir. C’était le son d’un groupe qui refusait de mourir idiot.
Une fresque électrique où la révolte se danse sur les décombres d’un empire qui s’éteint.

