Collector : OK Computer
Juin 1997. Alors que la Britpop s’asphyxie dans ses propres vapeurs de bière tiède, cinq garçons d’Oxford enterrent définitivement l’optimisme des années 90 dans le manoir de St Catherine's Court.
Sous la houlette de Nigel Godrich, véritable sixième membre qui délaisse ici son rôle d’ingénieur pour celui de sculpteur sonore, OK Computer ne se contente pas d’être un disque ; c’est un séisme sociologique.
L’enregistrement est une quête d’isolement. Loin des studios aseptisés, le groupe capture l’acoustique naturelle des couloirs et des cuisines, triturant des Mellotrons et des boucles de feedback pour traduire une paranoïa naissante face au numérique.
La structure des morceaux éclate : on y trouve des suites symphoniques découpées en trois actes distincts, des guitares qui hurlent comme des modems en fin de vie et la voix de Thom Yorke, funambule fragile sur un fil d’acier. Le son est dense, claustrophobe, saturé de textures empruntées autant à Miles Davis qu’au Krautrock.
C’est la bande-son d’un monde qui bascule dans l’hyper-vitesse sans avoir de freins. En écoutant ces nappes de Rhodes et ces batteries sèches, presque cliniques, on ressent ce vertige prémonitoire : l’aliénation moderne n’a jamais été aussi belle. Un disque-monde, froid comme le silicium, brûlant comme une fièvre.

