Collector : Revolver
Il suffit parfois d'ouvrir la pochette. En 1966, "Revolver" ne ressemble déjà plus aux disques qui l'entourent.
La couverture dessinée par Klaus Voormann attire le regard, mélange de portraits au trait et de collages qui annonce discrètement que quelque chose a changé. Avant même de poser le vinyle sur la platine, on sait que ce disque ne joue plus selon les anciennes règles.
Le sortir de sa pochette est un geste qu’on ne bâcle jamais. Les années ont peut-être légèrement jauni le carton, mais chaque manipulation rappelle la première fois où l’on a découvert cet objet étrange. On le fait glisser délicatement, on vérifie que la lumière ne révèle aucune nouvelle marque, puis on repose un instant les yeux sur cette illustration devenue aussi célèbre que les chansons qu’elle protège.
Beaucoup de collectionneurs se souviennent encore de leur premier exemplaire. Trouvé chez un disquaire, déniché dans une brocante ou récupéré dans une collection familiale. Peu importe le pressage. Ce qui compte, c’est cette sensation de tenir entre ses mains le moment où les Beatles ont décidé d’aller plus loin.
Puis vient ce léger silence avant que l’aiguille ne touche le premier sillon.
Chaque écoute révèle un détail oublié, une harmonie cachée, un son qui semblait attendre son tour depuis des années. C’est peut-être pour cela que Revolver ne quitte jamais vraiment une collection. On ne le garde pas seulement pour ce qu’il représente.
On le ressort parce qu’il continue, encore aujourd’hui, à nous surprendre.

