Collector : The Queen Is Dead
16 juin 1986. Le Royaume-Uni suffoque sous le thatchérisme, mais dans les studios RAK de Londres, les Smiths s’apprêtent à décapiter la monarchie avec une élégance vénéneuse.
The Queen Is Dead n’est pas un disque ; c’est un coup d’État floral. Produit par Morrissey et Johnny Marr avec l’ingénieur Stephen Street, l’album capture cet instant de grâce absolue où l’arrogance littéraire rencontre la virtuosité mélodique.
Dès l’ouverture, la batterie de Mike Joyce tonne comme un peloton d’exécution tandis que la basse de l’imperturbable Andy Rourke tisse des lignes d’une complexité élastique. Johnny Marr, l’architecte du son, délaisse ici la dentelle pour des textures plus denses, presque agressives, superposant des couches de guitares Rickenbacker qui pleurent et ricanent simultanément. C’est le son de la solitude urbaine transformée en épopée.
En studio, l’ambiance est électrique, portée par une urgence créative qui frôle l’asphyxie. Morrissey, en dandy vengeur, livre ses textes les plus drôles et les plus désespérés, oscillant entre le vaudeville macabre et la confession impudique sous la pluie fine de Manchester. C’est une œuvre de contrastes violents : la délicatesse d’un orgue de barbarie contre la morsure d’un feedback.
Un disque-monde qui a redéfini le rock indépendant en lui offrant une colonne vertébrale de fer et un cœur de porcelaine. Le sommet d’une montagne que personne n’a osé redescendre depuis.

