Collector : The Velvet Underground & Nico
New York, 1967. Tandis que San Francisco s’étourdit de fleurs et de psychédélisme candide, une déflagration sourde émane de la Factory de Warhol.
Cet album à la pochette fruitée n’est pas une invitation à la fête, mais une plongée en apnée dans les bas-fonds magnifiés. C’est le son du cuir qui craque sous la pression d’un alto dissonant et de guitares accordées à l’acide.
Reed et Cale inventent ici une grammaire nouvelle : le mariage incestueux entre la poésie beat et l’avant-garde européenne. Techniquement, le disque est un miracle de chaos maîtrisé. La batterie de Maureen Tucker, dépourvue de cymbales, martèle un rythme tribal, presque hypnotique, sur lequel se posent les scansions glaciales de Nico.
On raconte que les sessions furent tendues, Warhol imposant sa muse allemande à un groupe qui ne demandait qu’à exploser. Le résultat ? Une production brute, crue, où chaque larsen semble crier une vérité interdite.
Écouter ce disque aujourd’hui, c’est ressentir l’humidité des trottoirs de Manhattan à l’aube. C’est la collision entre la beauté spectrale d’une ballade céleste et la violence d’un riff qui refuse de s’arrêter. Brian Eno disait que peu de gens achetèrent cet album à sa sortie, mais que chacun d’entre eux créa un groupe. C’est précisément cela : un manuel de liberté absolue. Un choc frontal. L’origine du futur.

