Collector : Thriller
En décembre 1982, le vinyle est froid entre les doigts. On tient la pochette à deux mains, ce double volet brillant, et l'homme en costume blanc regarde quelque part au-delà du mur.
On pose le disque sur la platine avec la prudence qu’on réserve aux choses qu’on pressent irréversibles.
Le diamant touche le sillon. Un souffle, puis les basses arrivent, pas comme une introduction, comme une prise de possession. On s’allonge sur le tapis, les yeux au plafond, et le plafond change de consistance. Les cuivres se tendent quelque part à droite.
Les pas résonnent dans le fond du mix, réguliers, comme quelqu’un qui approche et n’arrive jamais. Michael Jackson ne chante pas au-dessus de la musique, il est dedans, il pousse, il retient, il module quelque chose entre le rire et la peur.
Les pistes s’enchaînent sans laisser de prise. On ne choisit rien : on suit.
Quand la première face s’arrête, le silence a une texture différente de celui d’avant. On reste une seconde immobile, comme après une chute. Puis on se lève, on retourne le disque en le tenant par les tranches, et ce geste, ce geste précis, les pouces sur le bord, le vinyle qui tourne, a quelque chose de rituel qu’on ne comprend pas encore tout à fait.
Le bras automatique revient à sa place. La pulsation, elle, ne part pas.

