Il a offert au monde le dernier mot de la nuit, et personne n’a vu le piège. En 1972, Lou Reed sort de l’échec. Le Velvet est mort, son premier disque solo a coulé sans bruit. Bowie et Mick Ronson prennent le relais, polissent, habillent, ouvrent les fenêtres.
Ce disque est essentiel parce qu’il a fait entrer la marge dans le salon : drag-queens, hustlers, junkies, chantés sans pitié ni pose, sur une radio qui n’avait jamais entendu ça.
Les guitares de Ronson cisèlent “Vicious” et “Satellite of Love” d’un éclat tranchant. Le piano de “Perfect Day” tombe, lent, presque tendre, et c’est là que ça fait mal. La voix de Reed, elle, reste nue, sèche, à peine chantée. Elle parle depuis le trottoir.
Des gamins de banlieue y ont trouvé la permission d’exister. Des filles aussi. Un disque posé sur la platine, et la chambre devenait un autre quartier.
Une ligne de fard sur un visage qui ne s’excuse pas.

