Creedence Clearwater Revival : le son du bayou californien
Il y a des musiques qui s'écoutent fort, d'autres qui s'installent simplement dans le décor d'une vie, entre l'odeur du café noir et le grondement d'un moteur qu'on répare.
À la fin des années soixante, alors que le monde entier avait les yeux rivés sur les expérimentations psychédéliques de San Francisco, quatre garçons d’El Cerrito prenaient le chemin inverse. Sans fard, sans longs solos de vingt minutes. Juste l’essentiel.
John Fogerty s’avançait sur scène en chemise de flanelle, sa guitare Rickenbacker calée contre la poitrine. Quand sa voix s’élevait, rugueuse, abrasive, elle transportait instantanément le public loin de la Californie, quelque part le long du Mississippi, au milieu des eaux sombres et des nuits moites.
C’était un miracle d’artisanat. Son frère Tom tenait le rythme à la guitare rythmique, Stu Cook ancrait la basse et Doug Clifford frappait ses fûts avec la régularité d’un métronome d’usine. Ils bossaient leur musique comme on prend son quart.
Dans les chambres d’adolescents, les platines tournaient jusqu’à user le sillon de l’album “Green River”. On étudiait la pochette cartonnée, cherchant le secret de ce groupe qui sonnait plus vrai que nature. Leurs morceaux ne cherchaient pas à faire la révolution, mais ils accompagnaient le retour des appelés du Vietnam, les fins de mois difficiles et les virées nocturnes sur les routes secondaires.
Une présence brute, rassurante, qui rappelait que la vérité d’une chanson tient parfois dans trois accords parfaits et une sincérité absolue.

