Creedence Clearwater Revival : l'orage électrique du bayou
Ils n’étaient pas de la Louisiane, mais de l’asphalte gris d'El Cerrito.
Pourtant, sous la poigne de fer de John Fogerty, Creedence Clearwater Revival a inventé un Sud fantasmé, une terre de mousse espagnole et de rumeurs vaudoues qui a balayé le psychédélisme embrumé de San Francisco.
Entre 1968 et 1972, le quatuor devient une machine de guerre. Le son est sec, nerveux, une section rythmique de plomb portée par la basse de Stu Cook et les fûts de Doug Clifford. C’est l’essence même du “Chooglin’”. En studio, aux Cosmo’s Factory ou chez RCA, Fogerty règne en despote éclairé, arrangeur obsessionnel et producteur d’une clarté de cristal.
Sa voix ? Une déchirure. Un hurlement de papier de verre qui semble porter toute la colère de la classe ouvrière face au bourbier du Vietnam. Tandis que les autres s’égarent dans des jams sans fin, Creedence cisèle des formats courts, des déflagrations de trois minutes où la Gibson ES-175 de John tranche dans le vif.
On y sent la sueur des bars de seconde zone et la poussière des routes californiennes. Le groupe incarne ce paradoxe fascinant : une popularité colossale bâtie sur une musique d’une honnêteté brutale, presque ascétique. Ils étaient le moteur à combustion interne du rock américain.
Une déflagration de vérité dans un monde d’artifice. Le rêve s’est brisé dans l’amertume des procès et des égos, mais l’écho de leur Fender vibre encore, immuable, comme le courant d’un fleuve qu’on ne peut détourner.

