En Live : Absolutely Live - The Doors
Juillet 1970. Elektra publie le premier témoignage officiel des Doors sur scène, un double album né d’un montage obsessionnel réalisé par le producteur Paul A. Rothchild.
Contrairement aux captations brutes de l’époque, ce disque est une chimère : une mosaïque de concerts enregistrés entre août 1969 et juin 1970 (notamment à New York, Detroit et Philadelphie), soudée avec une précision chirurgicale pour simuler une performance unique. Le son est sec, dépouillé de toute réverbération artificielle, plaçant l’auditeur au premier rang d’une messe noire.
On y entend un Jim Morrison en pleine mutation. Oubliez l’éphèbe de “Light My Fire” ; voici le shaman barbu, dont la voix s’est épaissie d’un grain rocailleux, presque bluesy. La structure des morceaux s’étire jusqu’à la rupture. Ray Manzarek hypnotise avec ses lignes d’orgue Vox Continental, tandis que Robby Krieger lacère l’espace de solos de guitare aux accents flamenco et jazzy.
L’innovation réside ici dans la déconstruction : les Doors ne jouent pas leurs tubes, ils les réinventent en direct, poussant l’improvisation vers un théâtre de l’absurde. La tension en studio de post-production fut immense, Rothchild passant des semaines à traquer la “prise parfaite” parmi des heures de bandes chaotiques.
Le résultat est brutal, viscéral. C’est le document définitif sur un groupe qui refuse de n’être qu’une machine à hits pour devenir un pur vecteur d’énergie dionysiaque. Un disque de sueur et de soufre.

