En Live : Get Yer Ya-Ya’s Out! - The Rolling Stones
Novembre 1969. La fin d'une décennie qui s'achève dans la sueur et le soufre. L’électricité poisseuse d'un Madison Square Garden en surchauffe.
On pose le diamant sur le sillon et le premier larsen nous projette contre le mur. Ce n’est pas un disque, c’est une déflagration capturée sur bande. On se revoit, gamin, dans la pénombre d’une chambre d’adolescent, fasciné par cette pochette bleue où Charlie Watts saute avec des cymbales et un âne chargé d’instruments. Un cirque rock’n’roll au bord du précipice.
Mick Taylor vient d’arriver. Sa guitare ne joue pas, elle lacère l’air. Elle apporte une fluidité liquide, presque insolente, qui vient se frotter au riff de silex de Keith Richards. Le son sature, les amplis grognent, la basse de Bill Wyman nous cogne au plexus comme une porte de coffre-fort qu’on referme violemment. On sent l’odeur des cigarettes froides et de la poussière soulevée par la foule de New York.
Le disque craque un peu entre les morceaux, les annonces au micro résonnent dans le vide avant que la foudre ne retombe. On a tous tenté, un soir d’été, les vitres de la bagnole baissées, de retrouver ce groove impossible qui donne l’impression que le groupe va dérailler à chaque seconde sans jamais perdre l’équilibre.
Les Stones ne jouent pas pour la postérité, ils jouent pour leur survie, avec une morgue et une arrogance qu’on ne retrouvera plus jamais ailleurs.

