En Live : Kick Out the Jams - MC5
L'électricité pure de Détroit. Il y a des disques qui ne s'écoutent pas, ils se subissent.
Quand l’aiguille se pose sur ce vinyle, ce n’est pas le silence d’un studio que l’on entend, mais le grondement d’une foule. Nous sommes à la fin d’octobre 1968, au Grande Ballroom de Détroit. Le groupe refuse d’enfermer son énergie entre quatre murs capitonnés. Ils enregistrent leur tout premier album en public, devant leur peuple, au milieu de la sueur et des amplis poussés à bout.
Le premier contact est visuel. Cette pochette double, presque agressive, s’observait de longues minutes, posée contre la table de nuit pendant que les haut-parleurs vibraient. On y voit un chaos d’images superposées, des visages en transe, des drapeaux américains et ce logo massif qui s’imprime dans la rétine. L’objet physique transmet déjà l’urgence de la musique.
Dès l’ouverture, les guitares de Wayne Kramer et Fred Smith s’entrechoquent comme des morceaux de métal dans une usine automobile. Le son est lourd, rêche, saturé jusqu’à l’os. La basse de Michael Davis cogne directement dans la poitrine. C’est une décharge de rock primitif qui annonce, avec presque dix ans d’avance, l’explosion du mouvement punk.
Quand la face A se termine, on se surprend à respirer un grand coup avant de retourner la galette noire. Les morceaux s’enchaînent sans concession, portés par le chant habité de Rob Tyner. L’écoute se fait souvent tard, le volume un peu trop haut pour la pièce, pour capter chaque larsen, chaque choc de cymbale.
Ce disque ne cherche pas à plaire. Il cherche à exister intensément, le temps de deux faces gravées dans le plastique.
L’ampli s’éteint, mais les oreilles sifflent encore un long moment dans le calme de la nuit.

