En Live : Live 1975–85 - Bruce Springsteen
Novembre 1986. Le public ouvre un coffret lourd comme une brique de Philadelphie, renfermant cinq vinyles qui capturent une décennie de sueur et de larmes.
Bruce Springsteen ne livre pas une compilation, mais une odyssée sociologique de l’Amérique, captée entre le 18 octobre 1975 et le 30 septembre 1985. Produit par le triumvirat Jon Landau, Chuck Plotkin et Springsteen, ce monument sonore est le fruit d’un archivage maniaque supervisé par l’ingénieur du son Toby Scott.
L’immersion est brutale. Le E Street Band y déploie une puissance tellurique : la batterie de Max Weinberg cogne avec une précision métronomique pendant que les envolées de saxophone de Clarence Clemons déchirent l’air nocturne. C’est un son organique, massif, où chaque note semble jouée comme si c’était la dernière. On y entend les silences de l’Arizona et les cris du New Jersey.
Springsteen y transforme le rock en une messe païenne, alternant entre le dépouillement acoustique hanté et la fureur électrique d’un orchestre en état de grâce. Le mixage préserve les monologues du Boss, ces confessions intimes au micro qui transforment un stade de 80.000 personnes en un bar de quartier enfumé.
C’est le son de la promesse tenue et du rêve américain qui s’effiloche sous les néons. Une cathédrale de béton et de poésie. Essentiel.

