En Live : Lotus - Santana
Le 3 juillet 1973, à l’Osaka Kosei Nenkin Kaikan, le temps s’est figé sous une chape de chaleur mystique.
Alors que le monde occidental commence à peine à digérer la déflagration jazz-fusion de “Caravanserai”, Carlos Santana débarque au Japon avec une formation qui ne joue plus de la musique, mais célèbre un rituel d’expiation. Tenir la triple pochette de “Lotus” entre ses mains en 1974, c’était posséder un artefact religieux, un mandala de carton déployable où l’on se perdait des heures durant, bercé par les effluves d’encens et les clichés solaires de Tadanori Yokoo. Ici, le studio n’est qu’un lointain souvenir : tout est capté dans l’urgence du présent, une électricité organique qui traverse les consoles avec une violence sidérale.
L’orgue Hammond de Tom Coster dessine des architectures de verre sur lesquelles la Gibson L-6S de Carlos vient graver des hiéroglyphes de feu. Le son est d’une densité physique, presque étouffante. La section rythmique, portée par les percussions telluriques d’Armando Peraza, sculpte une transe ininterrompue qui transforme le rock en une prière africaine projetée dans l’espace.
On entend le souffle des musiciens, le craquement du bois, cette tension de la corde qui menace de rompre lors de l’enchaînement magistral de “Samba Pa Ti” vers les abîmes de l’improvisation pure. C’est un disque de sueur et d’extase, où la technique s’efface devant l’illumination. Un document brut qui rappelle qu’à vingt ans, nous ne cherchions pas seulement des chansons, mais une porte de sortie vers l’infini.
Lotus n’est pas un album de concert ; c’est le dernier rugissement d’un lion qui a trouvé son dieu et décide de lui offrir son sang en plein ciel.

