En Live : Made in Japan - Deep Purple
Le 15 août 1972, au Koseinenki Kaikan d'Osaka, le temps s'est figé pour devenir de la dynamite.
Oubliez les versions studio, polies et contraintes par les sillons du vinyle. “Made in Japan” n’est pas un disque, c’est une cérémonie païenne où la Mk II de Deep Purple redéfinit les limites de l’endurance humaine. Ian Paice y déploie une science de la frappe qui semble défier la gravité, tandis que la basse de Roger Glover sature l’espace d’un vrombissement tellurique. C’est dans cette moiteur japonaise que l’orgue Hammond de Jon Lord, passé à travers des amplificateurs Marshall poussés à l’agonie, devient une arme de siège.
On entend chaque craquement de bois, chaque harmonique arrachée par Ritchie Blackmore à sa Stratocaster noire, sculptant un larsen qui n’est plus du bruit, mais une architecture sonore pure.
Martin Birch, l’architecte de l’ombre, a capturé l’impossible : l’équilibre parfait entre l’anarchie d’une improvisation totale et la précision chirurgicale d’un groupe au sommet de son arrogance créative. Tenir cette pochette dorée en 1972, c’était posséder la preuve que le rock n’était plus une simple musique de club, mais une épopée électrique capable de faire trembler les fondations d’un empire.
Le duel vocal entre les hurlements stratosphériques de Ian Gillan et les lignes de guitare sinueuses de Blackmore transforme la scène en une arène où le sang et la sueur se mélangent à l’électricité. Ce disque ne s’écoute pas, il s’endure comme une tempête de sable fin.
Vous vous souvenez du choc de la première écoute, quand l’aiguille a touché le premier sillon de la face A ?
C’est le testament d’une époque où la virtuosité n’avait pas peur de l’excès, laissant l’auditeur exsangue, avec le sentiment d’avoir survécu à un crash d’avion magnifique.

