En Live : Rock ’n’ Roll Animal - Lou Reed
Décembre 1973, l’Academy of Music de New York devient l’épicentre d’une déflagration sonore qui allait enterrer définitivement le spectre du Velvet Underground.
Lou Reed, silhouette nerveuse et regard hanté, ne se contente pas de revisiter son répertoire ; il le transfigure sous l’acier de deux fines lames de la guitare, Steve Hunter et Dick Wagner. L’introduction de “Sweet Jane”, monument instrumental où les harmonies s’entrelacent avec une précision chirurgicale, n’est pas qu’une ouverture de concert, c’est une déclaration de guerre au minimalisme.
La production de Steve Katz sculpte un son massif, presque héroïque, où chaque coup de médiator de Hunter semble lacérer l’air saturé de la salle. On est loin de la fragilité de la Factory. Ici, le rock se fait colossal, porté par une section rythmique qui pilonne un groove implacable, transformant la poésie urbaine de Reed en une épopée de stade. Pour ceux qui ont tenu cette pochette en noir et blanc entre leurs mains à vingt ans, ce disque n’était pas une simple captation live.
C’était le son de l’émancipation, une drogue auditive qui irradiait dans les chambres d’étudiants et les autoradios, prouvant que la noirceur pouvait briller d’un éclat aveuglant. Reed y apparaît en maître de cérémonie d’un chaos organisé, réinventant ses propres mythes à coups de larsens maîtrisés et de déhanchés vénéneux.
Une comète de chrome qui traverse la nuit new-yorkaise avant de s’éteindre dans le silence du petit matin.

