En Live : Roseland NYC Live - Portishead
Il y a des disques qui n'appartiennent pas aux radios, mais aux salons plongés dans la pénombre, là où la seule lumière vient des voyants rouges et verts de l'amplificateur.
Ce soir de juillet 1997, à New York, cinq cents personnes se sont assises par terre. Pas pour un concert de rock ordinaire, mais pour assister à une collision. Celle de la mélancolie brute de Bristol et d’un orchestre symphonique de trente musiciens.
Dès les premières secondes de “Humming”, le sifflement du theremin s’infiltre sous la peau. Puis le rythme tombe, lourd, pesant, presque menaçant. Ce live possède une texture unique, un grain de pellicule usée que l’on ressent physiquement à chaque craquement de vinyle. Le son n’est pas propre, il est habité. La section de cordes ne cherche pas à adoucir les angles ; elle appuie là où ça fait mal, étirant les notes jusqu’à la rupture pendant que les platines scratchées rappellent la rue.
Au centre de ce dispositif impressionnant, une voix fragile vacille sans jamais rompre. Une voix qui semble chanter seule à un millimètre du micro, suspendue au-dessus d’un gouffre de cuivres noirs et de basses sourdes. On se surprend à retenir son souffle, les yeux fixés sur la pochette sombre, fasciné par cette tension dramatique qui s’installe dans la pièce.
L’aiguille remonte, le silence revient, mais la pièce reste chargée de cette fumée invisible.

