En Live : The Last Waltz - The Band
Le 25 novembre 1976, au Winterland Ballroom de San Francisco, le rideau tombe sur une certaine idée du rock'n'roll.
Robbie Robertson, architecte d’une mythologie rurale, décide de saborder le navire avant qu’il ne sombre dans les excès de la route. The Last Waltz n’est pas qu’un simple live ; c’est une cérémonie funéraire orchestrée avec une précision d’horloger par le producteur Rob Fraboni et immortalisée par l’œil fiévreux de Scorsese.
Le son est massif, organique, transcendé par une section de cuivres arrangée par Allen Toussaint qui injecte une solennité d’église à la moiteur du Delta. On y entend la tension électrique entre la guitare tranchante de Robertson et le jeu de batterie de Levon Helm, lequel, malgré son amertume face à cette fin programmée, frappe ses fûts avec une fureur désespérée. Les sessions de post-production aux studios Village Recorder en 1977 ont poli ce diamant brut, ajoutant une clarté presque irréelle aux harmonies vocales du trio Manuel-Danko-Helm.
C’est un carrefour des mondes où l’on croise l’ombre de Dylan, les hurlements de Muddy Waters et la grâce fragile de Joni Mitchell. En écoutant ces sillons, on perçoit l’odeur du vin renversé et la poussière des planches. C’est le chant du cygne d’une fraternité qui s’effiloche sous les projecteurs, une œuvre testamentaire où chaque note semble peser le poids d’une vie entière passée sur le bitume. Un monument de mélancolie triomphante.

