En Live : The Who - Live at Leeds
Le 14 février 1970, le réfectoire de l’Université de Leeds n’est plus une salle de banquet, c'est un cratère.
Sous la houlette de Kit Lambert, The Who s’apprête à graver le testament définitif du rock’n’roll en fusion. Ce n’est pas un concert, c’est une exfiltration d’énergie brute. Dès les premières secondes, la Gibson SG de Pete Townshend déchire le silence, soutenue par la basse-plomb de John Entwistle, véritable architecte d’un mur de son infranchissable. À la console, l’ingénieur Bob Pridden capture l’impossible : l’anarchie disciplinée de Keith Moon, dont le jeu de batterie semble vouloir démanteler les fondations du bâtiment.
L’impact culturel est immédiat. Là où “Tommy” avait sacralisé le groupe comme entité conceptuelle, ce live le réinstalle dans la boue et la sueur. La structure des morceaux s’étire, les dynamiques explosent entre silences abyssaux et déchaînements telluriques. Roger Daltrey, au sommet de sa puissance vocale, incarne ce dieu du stade pré-punk, hurlant une urgence que personne n’avait encore osé formuler avec une telle précision technique.
Malgré les craquements électriques et une ambiance de studio mobile précaire, le mixage brut restitue une vérité nue. C’est le son d’une Angleterre en pleine mutation, un choc frontal entre le blues de Chicago et l’agressivité mod. Un chef-d’œuvre de violence pure. L’alpha et l’oméga du live.

